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L’autisme est-il une forme extrême de la masculinité ?

L’autisme est-il une forme extrême de la masculinité ?

 

 

Article de Simon Baron-Cohen 9 août 2005 The New York Times
 

 

L’autisme est-il une forme extrême de la masculinité ?
 
 

 

Deux importants débats ont beaucoup attiré l’attention l’an dernier. L’un concerne les causes de l’autisme, alors que l’autre vise les différences quant aux aptitudes scientifiques entre les sexes. Au risque d’ ajouter de l’huile sur les deux feux, je soumets l’idée que ces deux axes de recherche ont beaucoup en commun. En étudiant les différences entre les cerveaux masculin et féminin, nous pouvons apporter des aperçus significatifs au mystère de l’autisme.

 

Alors Lawrence Summers, le président de l’Université d’Harvard, avait-il raison de remarquer que les femmes, par nature, avaient moins d’aptitudes que les hommes à être des scientifiques de haut niveau ? A en juger par la recherche actuelle, oui et non. Il est vrai que les scientifiques ont montré les différences physiologiques et psychologiques entre cerveau masculin et cerveau féminin. Mais Summers avait tort d’en déduire que ces différences rendent une femme moins capable individuellement qu’un homme de devenir un scientifique de haut niveau.

 

En fait, les différences qui ressortent dans la recherche sur le cerveau reflètent des moyennes, c’est-à-dire qu’elles apparaissent seulement si on étudie des groupes d’hommes et de femmes et qu’on compare les moyennes des deux groupes sur des tests psychologiques ou des mesures physiologiques particuliers. A ce jour, ce qui ressort ne nous dit rien sur les individus, c’est-à-dire que si vous êtes une femme, il n’est pas sûr d’en inférer que vous ne pourriez jamais devenir un prix Nobel dans le domaine de recherche scientifique que vous avez choisi. Un bon scientifique est un bon scientifique, quel que soit le sexe.

 

Cependant, avec l’imagerie cérébrale, on peut observer des différences entre le cerveau moyen d’un homme et celui d’une femme. Par exemple, le cortex moyen d’un homme ( la partie en haut du cerveau concernée par l’activité intellectuelle de haut niveau) est de 9% plus gros que celui d’une femme. De même, bien que moins distinct, on trouve une différence positive de taille dans tous les lobes du cerveau masculin. En moyenne, les hommes ont aussi une amygdale plus importante ( structure en forme d’amande au centre du cerveau impliquée dans les processus de peur et de l’émotion) et plus de cellules nerveuses. Comment exactement ces différences de taille affectent le fonctionnement, si du moins c’est le cas, n’est pas encore connu.

 

Chez les femmes cependant, les connexions qui permettent la communication entre les deux hémisphères du cerveau ont tendance à être plus denses, ce qui facilite peut-être les échanges. Cela peut expliquer pourquoi une étude de l’Université de Yale a trouvé que dans l’ exécution des activités langagières, les femmes probablement activent les deux hémisphères alors que les hommes, en moyenne, activent seulement l’hémisphère gauche.

 

Des tests psychologiques révèlent aussi des exemples de différence entre les sexes. En moyenne, les hommes terminent plus vite et avec un score plus élevé que les femmes un test qui demande à celui qui le passe de visualiser l’apparence d’un objet après qu’il a tourné en trois dimensions. La même chose est vraie pour des tests de lecture de carte et pour les tests de figures encastrées qui demandent aux sujets de trouver une forme de pièce cachée dans un dessin plus grand. Les hommes sont surreprésentés dans les pourcentages élevés aux tests mathématiques de niveau universitaire et ont tendance à obtenir des scores plus élevés dans les tests de mécanique que les femmes. Les femmes, en revanche, font en moyenne des scores plus élevés que les hommes aux tests de reconnaissance des émotions, de perception sociale et de capacités langagières.

 

Beaucoup de ces différences entre les sexes s’observent chez des adultes, ce qui pourrait conduire à la conclusion que tout ce qu’elles reflètent, ce sont des différences de socialisation et d’expérience. Mais quelques différences s’observent de manière extrêmement précoce dans le développement, ce qui peut suggérer que la biologie joue aussi un rôle. Par exemple, les filles ont tendance à parler plus tôt que les garçons, et dans la seconde année de leur vie, leur vocabulaire augmente plus rapidement. Les filles d’un an ont plus de contacts visuels que les garçons de leur âge.

 

Dans mon travail, j’ai résumé ces différences en disant que les hommes en moyenne instinctivement systématisent mieux et que les femmes ont plus d’empathie. La systématisation entraîne l’identification des lois qui gouvernent le fonctionnement d’un système. Une fois qu’on connaît les lois, on peut contrôler le système ou prédire son comportement. L’empathie, elle, entraîne la reconnaissance de ce qu’une autre personne peut être en train de ressentir ou de penser, et la réponse à ces sentiments avec une émotion personnelle appropriée.

 

Et l’autre affirmation de Summer que de telles différences entre les sexes sont innées ? Nous savons que la culture joue un rôle dans la différenciation sexuelle mais la biologie aussi. Par exemple, au premier jour de la vie, les nouveau-nés garçons et filles font attention à des choses différentes. En moyenne, à l’âge d’un jour, plus de garçons vont regarder un mobile suspendu au-dessus d’eux, alors que plus de filles vont regarder un visage humain.

 

On a aussi trouvé que la quantité de testostérone prénatale, qui est produite par le fœtus et mesurable dans le liquide amniotique où baigne le bébé dans l’utérus, prédit comment un enfant sera sociable. Plus le niveau de testostérone est élevé, moins l’enfant manifestera de contacts visuels tout-petit et plus lentement il développera le langage. C’est relié au rôle de la testostérone fœtale dans l’influence sur le développement du cerveau.

 

Les hommes produisent manifestement beaucoup plus de testostérone prénatale que les femmes, mais les niveaux varient considérablement même à l’intérieur du même sexe. En fait, ce n’est pas le sexe en lui-même qui détermine quel type de cerveau on a, mais le niveau d’hormone prénatale. A partir de là, c’est un petit bond vers l’idée intrigante qu’un homme peut avoir un cerveau typiquement féminin ( si son niveau de testostérone est bas), alors qu’une femme peut avoir un cerveau typiquement masculin ( si son niveau de testostérone est élevé).

 

Qu’est-ce que tout cela peut avoir à voir avec l’autisme ? En accord avec ce que j’ai appelé la théorie du cerveau masculin extrême de l’autisme, les personnes avec autisme simplement vont avec un profil masculin extrême, avec une tendance particulièrement forte à systématiser et une inhabituellement basse à l’empathie.

 

Et cette analyse a un sens. Elle aide à expliquer l’incapacité sociale dans l’autisme, parce que les difficultés d’empathie rendent plus difficile de construire et maintenir des relations avec les autres. Elle explique aussi les îlots de capacité que les personnes avec autisme manifestent dans des sujets comme les maths, la musique ou le dessin – toutes aptitudes qui bénéficient de la systématisation.

 

Les personnes avec autisme développent souvent des obsessions qui peuvent n’être rien d’autre qu’une intense systématisation à l’œuvre. Les enfants peuvent devenir obsédés par des interrupteurs électriques ( un système électrique), ou des horaires de train (un système temporel) ou des objets qui tournent (un système physique), ou les noms des poissons des fonds marins (un système naturel, taxinomique). Les enfants avec un autisme sévère qui peuvent avoir des difficultés d’apprentissage associées et peu d’aptitudes verbales, peuvent exprimer leurs obsessions par des bonds constants sur un trampoline ou en tournant sur eux-mêmes parce que le mouvement est extrêmement appuyé sur des lois et prévisible. Quelques enfants avec un autisme sévère alignent des objets pendant des heures de suite. Ce qui a l’habitude d’être écarté par les cliniciens comme « sans but, conduite répétitive, peut en fait être le signe d’un esprit qui est extrêmement adapté pour systématiser.

 

Il faut être extrêmement prudent quand on avance une cause de l’autisme, parce que ce domaine abonde en théories qui se sont écroulées sous l’effet d’un examen minutieux de l’expérience. Cependant, mon hypothèse est que l’autisme est le résultat génétique d’un appariement par similarité entre des parents qui sont tous les deux fortement aptes à systématiser. L’expression convient quand le semblable est attiré par le semblable, et il y a quatre raisons importantes de croire que les choses se passent ainsi.

 

1- à la fois les mères et les pères d’enfants avec autisme terminent le test des figures encastrées plus vite que les hommes et les femmes de la population générale.

 

2-à la fois les mères et les pères d’enfants avec autisme ont plus fréquemment des pères qui ont des talents de systématisation (ingénieurs par exemple).

 

3-quand on observe l’activité du cerveau par imagerie (RMN), les hommes et les femmes en moyenne montrent des schémas différents quand ils font des tâches de systématisation ou d’empathie. Mais à la fois les mères et les pères d’enfants avec autisme montrent des modèles fortement masculins d’activité cérébrale.

 

4-à la fois les mères et les pères d’enfants avec autisme obtiennent des scores supérieurs à la moyenne à un questionnaire qui mesure combien un individu a de traits autistiques. Ces résultats suggèrent une cause génétique de l’autisme avec une contribution génétique des deux parents qui se rapporte finalement à une forme similaire d’esprit : celle avec une affinité pour la pensée organisée de manière systématisée.

 

Pour vérifier pleinement cette théorie, nous avons encore besoin de beaucoup de travail. Les gènes spécifiques en cause doivent être identifiés. C’est une théorie qui peut être discutée et peut-être mal reçue parmi ceux qui croient que la cause de l’autisme est partiellement ou totalement environnementale. Mais la controverse n’est pas une raison pour ne pas la vérifier – systématiquement, pourrions-nous dire.

 

 
 
 
 

 

Simon Baron-Cohen est directeur du centre de recherche sur l’autisme à l’université de Cambridge et l’auteur de « La différence essentielle : la vérité au sujet du cerveau masculin et féminin ».

 

Cet article est un résumé d’un article plus long paru dans Trends in Cognitive Sciences juin 2002 et traduit dans la revue terrain 42 mars 2004.

 

 

Article traduit par Danièle Langloys avec l’accord de l’auteur

 
    Association partenaire d'Autisme France