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L’autisme est-il une maladie biologique ?

Compte rendu d’une émission de France-Culture avec Monica Zilbovicius.

L’autisme est-il une maladie biologique ?

Compte rendu d’une émission de France Culture

France Culture a proposé le 23 octobre 2004 ,dans le cadre de l’émission « Science Frictions », proposée par Michel Alberganti et Jean-Yves Nau du Journal Le Monde, une réflexion sur les découvertes récentes du docteur Monica Zilbovicius, spécialiste de psychiatrie et d’imagerie cérébrale INSERM -CEA au service hospitalier Frédéric Joliot d’Orsay, sous le titre : « L’autisme est-il une maladie biologique ? »

Le journaliste, Michel Alberganti, dans son introduction, rappelle la définition de Léo Kanner qui le premier a identifié cette affection en 1943 en ces termes :

"Le trouble fondamental est l’incapacité qu’ont ces enfants à établir des relations normales avec des personnes et à réagir normalement aux situations depuis le début de la vie... Ce n’est pas, comme dans la schizophrénie, une rupture avec des liaisons établies, ou un retrait d’une participation antérieure. Il existe dès le début un isolement autistique extrême..." 
"… nous devons donc supposer que ces enfants sont venus au monde avec une incapacité innée à former avec les personnes les liens affectifs habituels, de même que certains enfants viennent au monde avec un handicap physique ou intellectuel inné".

Leo KANNER, 1943, The Nervous Child, Autistic Disturbances of Affective Contact.

Il signale qu’un groupe de chercheurs français , dont le travail a été officiellement placé dans les grandes découvertes françaises de l’année par toutes les revues scientifiques, dirigés par le docteur Monica Zilbovicius, a établi que les personnes souffrant d’autisme (le journaliste donne le chiffre de 60 000 à 100 000 personnes) n’étaient pas en mesure de distinguer la voix humaine de l’ensemble des stimuli sonores. Publié dans le numéro d’août de la revue Nature Neuroscience, ce résultat spectaculaire soutient l’hypothèse selon laquelle les phénomènes caractéristiques de l’autisme et les handicaps majeurs qui en résultent seraient étroitement liés à des déficits organiques et physiologiques concernant la perception des stimuli sociaux. 
Il informe le public d’autre part que, réunis au sein d’un consortium international, plus de 160 biologistes travaillant dans 50 institutions ont annoncé, pendant l’ été 2004, qu’ils allaient, à partir d’échantillons biologiques prélevés sur des personnes souffrant d’autisme et des membres de leur famille, chercher à établir les bases biologiques et génétiques de cette affection. Les premiers résultats sont attendus pour début 2005. L’intérêt de tels travaux est de proposer de l’autisme une approche radicalement différente des conceptions issues de la psychanalyse qui ont prévalu durant plusieurs décennies . Cette approche conduisait à désigner des coupables : les parents. 
Etaient donc invités et interviewés par Michel Alberganti, outre Monica Zilbovicius, le Pr Marcel Ruffo, pédopsychiatre très médiatique, directeur de la Maison des adolescents à Paris.

L’intérêt principal, pour ne pas dire essentiel, était d’entendre Monica Zilbovicius expliquer l’état de ses recherches.

1) La découverte de l’équipe

Cette découverte toute récente est le fruit de 17 ans de recherches. L’objectif de la recherche était d’ étudier le cerveau d’adultes autistes et non autistes au moment où ils écoutaient, avec la résonance magnétique en IRM qui permet de détecter dans le cerveau les zones qui sont actives à un moment donné. Les chercheurs savent affecter certaines zones à certaines fonctions, comme la perception de la voix et d’autres : la perception de la voix humaine est dans une certaine zone et la perception d’autres bruits dans une autre zone du cerveau.

Les chercheurs ont utilisé toutes sortes de sons humains, avec ou sans signification et des sons non humains, comme des sons de cloches, des sons d’animaux, de voitures, de sirènes. Pascal Belin, chercheur français à Montréal, et qui travaille avec cette équipe a montré, pour sa part, en 2000, qu’il existe une région du cerveau située dans les régions temporales supérieures qui contient ce qu’on appelle l’aire de la voix ; C’est une région spécialisée dans la perception de la voix humaine par rapport à d’autres sons.

Il s’agissait donc de savoir si cette région était activée quand les autistes entendent la voix par rapport à d’autres sons. Le projet a donc mis sur ce test à la fois des personnes autistes et des personnes non autistes. échantillonnage aussi faible. L’équipe de recherche a donc montré que cette région ne s’active pas quand les autistes entendent une voix humaine. Quand on demande aux témoins et aux personnes autistes , ce qu’ils ont entendu durant l’expérience de 20 minutes , les premiers répondent qu’ils ont entendu des voix humaines (cri, chant..) et des sons non humains dans la proportion du test 50-50, les autistes, eux, répondent qu’ils ont entendu des cloches, des animaux, et ce, avec une grande précision, mais pas des voix humaines. Monica Zilbovicius souligne cependant que les personnes autistes entendent la voix humaine et l’identifient – ils ont en effet répondu aux questions posées - mais y prêtent peu d’attention. Or, nous savons depuis les années soixante montrent que les nouveau-nés à la naissance, sont plus attirés par la voix humaine que par d’autres sons. C’est une compétence qui est innée.

Les autistes comprennent, perçoivent bien sûr, mais ne traitent pas l’information en plus. Il faut comprendre l’autisme comme un trouble du développement. Le cerveau de l’espèce humaine est celui ou la maturation cérébrale est la plus prolongée. C’est une curiosité de l’espèce humaine, que les biologistes appellent la néoténie : s’offrir le luxe de naître inachevé en somme ! L’homme naît avec des capacités innées, mais ce n’est qu’un potentiel. Ce potentiel se développe grâce à nos expériences. L’autiste a une déficience dans ces capacités innées, mais cela ne veut pas dire qu’il n’ y a pas d’espoir, car si on ne peut pas changer l’inné pour l’instant, il est par contre possible de changer l’acquis. Et si on commence à comprendre le mécanisme de l’autisme, on peut améliorer la prise en charge de ces enfants.

J’aimerais, à titre personnel, à propos de ce point de l’interview de Monica Zilbovicius, souligner d’abord que la recherche n’a concerné que cinq personnes autistes et il convient bien sûr de rester très prudent pour tirer des conclusions scientifiques d’un aussi faible échantillonnage ; par ailleurs, ce genre de recherches est d’emblée limité puisque ceux qui ont pu y participer activement avaient sûrement un certain niveau pour pouvoir répondre aux questions posées et être assez stables dans leur comportement pour rester sagement à l’intérieur d’un caisson sans paniquer ; or, la majorité des autistes, pour le moment, ne sont pas dans ce cas de figure. Ceci dit, je ne peux que rappeler l’importance pour nous qu’existent des autistes d’un certain niveau intellectuel, voire de très haut niveau, car ce sont eux, parce qu’ils peuvent, avec leur différence, entrer cependant en communication avec nous, qui nous éclairent le mieux sur la vision du monde propre aux autistes. Leurs témoignages sont plus qu’indispensables, irremplaçables.

2) Une autre étude sur des enfants avec une autre méthode

Cette étude portait sur la perception de la voix avec des adultes, mais d’autres équipes, ajoute Monica Zilbovicius ont étudié les enfants au repos. Pour cela, à Orsay, existe une autre méthode d’imagerie : la Tomographie par Emission de Positons. C’est une méthode de médecine nucléaire qui permet de mesurer les flux sanguins au repos. 
Une étude publiée en 2000 montre qu’il existe, chez les personnes atteintes d’autisme, une diminution du flux sanguin cérébral dans la même région temporale supérieure : les synapses fonctionnent moins bien à cet endroit. Tout ce qu’on peut dire sur l’autisme aujourd’hui, en terme de cerveau, est le fruit des études sur le cerveau normal. La meilleure connaissance du cerveau dans un sens très large, grâce au progrès des neurosciences permet de comprendre plus précisément l’autisme : ces régions temporales supérieures, déficientes dans l’autisme, sont très impliquées dans ce qu’on appelle la perception sociale : celle-ci est bien plus large que la perception de la voix ; Elle englobe la perception du regard, du mouvement du visage, des mouvements de la bouche, des lèvres ou des mains, tout ce qu’on utilise pour communiquer. Il est important de préciser que les enfants autistes ont un trouble de la communication non-verbale. Ce sont des enfants qui, à l’âge où les enfants commencent à faire un petit au revoir avec la main, ne réagissent pas : ils n’envoient pas de baisers, ils n’applaudissent pas !

3) Autisme et génétique

L’autisme dans sa définition classique, est une des pathologies les plus génétiquement déterminées. Certaines études montrent que l’autisme est plus génétique que les schizophrénies, que le diabète et l’hypertension. Le gros problème est que la génétique de l’autisme, comme tout dans l’autisme, malheureusement est très compliquée. Il ne s’agit pas d’une génétique mendélienne simple, c’est-à-dire qu’un père atteint a 50 % d’avoir un enfant atteint. La génétique de l’autisme donne probablement une vulnérabilité au niveau du développement du cerveau, et on peut entrer dans l’autisme par des portes très différentes.
Sur les problèmes de statistiques de l’autisme, avec une augmentation du nombre d’enfants autistes diagnostiqués, Monica Zilbovicius donne comme raison assez surprenante, en dehors bien sûr d’un meilleur diagnostic maintenant, un nombre de prématurés plus important qu’il y a vingt ans. Ce sont des enfants qui ont une fragilité plus importante, qui, dans ce cas-là n’est pas génétique mais environnementale. Cette fragilité peut les entraîner dans un syndrome autistique.

4)Autisme et psychiatrie

Tous les parents d’enfants autistes se réjouiront certes d’avoir entendu Monica Zilbovicius dire qu’en France l’autisme, et la culpabilisation des parents dans le développement de l’autisme de leur enfant sont de réels problèmes et qu’il manque une volonté politique pour changer la réalité, la perception de l’autisme par la société et les professionnels : le moins qu’on puisse dire, c’est que les derniers propos du Ministre de la Santé pour caresser dans le sens du poil les psychanalystes lacaniens à leur Congrès et promettre de retirer du site de son ministère le rapport Inserm qui mettait en évidence la supériorité, en termes d’efficacité, des thérapies cognitvo-comportementales sur les autres thérapies dont la psychanalyse, vont hélas exactement en sens contraire.

Les chercheurs, dit-elle, ont un devoir de formation ; par ailleurs, on soigne mieux quand on connaît . L’espoir de traitement éventuel de ces dysfonctionnements, c’est l’étonnante plasticité du cerveau : si les enfants autistes n’ont pas cette attirance innée vers la voix, on peut la leur faire entendre davantage. Monica Zilbovicius évoque une autre recherche sur ce sujet. De même que nous avons une aire cérébrale spécialisée dans la reconnaissance de la voix humaine, nous avons une aire spécialisée dans la reconnaissance des visages. Or les études montrent par ailleurs que les personnes autistes n’activent pas cette aire de reconnaissance des visages. Dans un article qui vient d’être publié, des chercheurs ont montré que lorsque l’interlocuteur se met une tache rouge au milieu des yeux, à l’image des Indiens, les personnes atteintes d’autisme réactivent la région cérébrale correspondant à la reconnaissance des visages, parce qu’on attire leur attention vers le visage. C’est un exemple très optimiste. Tous ceux qui ont eu à prendre en charge des enfants atteints d’autisme savent qu’ils sont très attirés par la musique. On peut imaginer que si on véhicule la parole avec la musique, avec les chansons, si on parle d’une façon plus musicale, si au lieu de dire : « la .. maison.. » normalement, on le dit en chantant, il est alors possible de favoriser l’accès à la parole.

5) Les interventions de Marcel Ruffo

On peut regretter qu’il n’ait pas mis au service de l’autisme son caractère médiatique et son expérience ; il s’en est tenu à des propos vagues et parfois confus, qui ne mettaient pas en cause les recherches de Monica Zilbovicius, bien au contraire : c’est un point à son actif. 
Je résumerais ainsi ces propos qui n’ont rien apporté au débat mais au moins respectaient les parents concernés. Le clinicien a tout à gagner, dit-il, à voir éclairer ses intuitions par des recherches scientifiques. Il cite Kanner qui soulignait déjà la curieuse façon des autistes d’être sensibles à certains bruits et pas à d’autres. La recherche va donner aux cliniciens un regard plus acéré dans l’observation des enfants potentiellement autistes ( par exemple dans l’attention porté aux échanges avec leurs parents - franchement, ce n’est pas une découverte : au Canada, au moins, mais ailleurs aussi, je suppose, c’est ce qu’on fait depuis longtemps -, et favoriser un meilleur diagnostic, donc une meilleure prise en charge et plus précoce. 
Nous le remercions de qualifier d’ « imbécillité » l’affirmation que les parents sont responsables de l’autisme de leur enfant. Je serais plus réticente sur la collaboration entre les disciplines qu’il évoque et n’a pas explicitée, et sur l’opinion que les psychanalystes sont ravis que la recherche donne du sens à ce qu’ils ont à « traiter » (sic) . Je suis carrément perplexe quand j’entends M.Ruffo dire que les parents ont fait des progrès dans l’acceptation du handicap, que ce dernier renforce la parentalité et que les jeunes parents, intéressés par la recherche, demandent ce qu’ils peuvent concrètement faire : faudrait-il déjà, pour l’autisme, qu’ils aient un diagnostic correct, qu’on ne les traite pas comme des chiens et qu’ils aient, dans des structures pertinentes et adaptées, des méthodes à leur disposition. 
Le plus intéressant était un exemple : un musicien qui a fait dire un mot à un autiste mutique, après lui avoir enlevé son objet transitionnel (M.Ruffo a trouvé drôle de mettre sur le même plan le morceau de tissu, la peluche ainsi utilisés par les enfants avec une épouse et je le laisse seul avec sa plaisanterie ), un morceau de plastique, et commencé à chanter « il court, il court le furet ; l’enfant a ajouté à « il repassera par… » le « là » qui finit la phrase de la chanson ; il montrait ainsi, dans son expérience qu’on aurait aimée mieux analysée qu’à travers des phrases superficielles, l’idée de Monica Zilbovicius que l’induction musicale pouvait susciter la parole chez la personne autiste.

Danièle Langloys

17 février 2005

 

 
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